Programme Junior - LETTRES AUX RÉALISATEURS
- Le lycée Camille Jullian
- Le lycée Montgrand
- Le lycée Périer
À l'issue de l'échange qui a eu lieu à l'Institut Culturel Italien, il a été proposé aux lycéens d'écrire aux réalisateurs des courts-métrages.
Dix-sept lycéennes de la classe de BTS AST (Assistant Secrétaire Trilingue) du Lycée Périer ont écrit à Ali Benkirane pour lui parler d'Amal.
Celui-ci leur a alors personellement répondu.
Une élève a écrit à Souad El Bouhati au sujet de Salam
Voici des extraits de leurs lettres:
à Ali Benkirane
"Monsieur,
Après avoir visionné Amal à l'Institut Culturel Italien - Marseille (je suis étudiante à Marseille),
je tenais à vous féliciter d'une part pour la réalisation de votre film et d'autre part vous poser quelques
questions à son propos, et plus particulièrement en ce qui concerne la situation d'Amal et de son frère par
rapport au rêve d'Amal.
En effet, nous comprenons à la fin du film qu'Amal "fait don" de son rêve de devenir médecin à son frère,
puisque ses parents refusent qu'elle continue l'école. Pouvons-nous imaginer qu'Amal sera satisfaite de cet
échange? Et surtout, est-ce que son frère aura la volonté de réaliser un rêve qui n'est pas le sien ?
Car ce rêve est le "rêve bleu" d'Amal, il ne peut être celui d'un autre. N'est-ce pas plutôt la fin du rêve?
Amal confie ce qu'elle a de plus cher, son vœu, pour prolonger son espoir mais elle se rendra rapidement compte
que c'est fini.
Ne va-t-elle pas passer du "bleu" au "noir"?
Je vous remercie de l'attention que vous porterez à ma lettre et espère une réponse à mes interrogations.
Salutations"
Marion M.
"Chère Marion,
Merci pour tes commentaires, je suis un peu gêné en fait car je n'ai que ma
Réponse : celle que j'ai imaginé et qui n'est qu'une possibilité.
Ma réponse est en réalité assez sombre comme le laisse deviner la dernière
séquence du film, que j'ai réellement imaginé et tourné comme les funérailles
d'un rêve et d'une enfance.
Pour moi, le lendemain, une autre Amal prend vie.
Maintenant que va faire le frère, je l'ignore. J'espère que cet événement
donnera un nouveau sens à son existence. Cette relation qui existe entre
les deux enfants est calquée sur celle que j'ai avec ma sœur (bien que les
milieux soient très différents), j'ai juste imaginé comment ça se passerait
vu notre complicité si on était confronté à ces choix.
En ce qui concerne les choix de lumière, je les ai pensé comme le reflet
des émotions d'Amal durant cette journée tragique, il va de soit que l'obscurité
totale à la fin est un choix très assumé, le son d'ailleurs a été imaginé dans
cet esprit. Egalement, on passe d'une ambiance de pluie que j'ai ajouté au silence
total.
Encore merci Marion, j'espère avoir répondu à tes questions.
Très Sincèrement."
Ali B.
"Nous avons trouvé votre film émouvant. En effet, lorsque nous découvrons la fin du film, à savoir que sa mère
apprend à Amal qu'elle n'ira plus à l'école, nous pouvons percevoir la tristesse d'Amal à travers ses yeux car
elle ne répond pas à sa mère. Tout s'exprime par le visage de la petite fille de douze ans sans même dire un
mot. Elle subit sans pouvoir exprimer ce qu'elle ressent.
De notre religion musulmane, nous savons que dans certains pays musulmans il existe dans certaines
familles des enfants qui n'osent pas les défier.
Nous pensons que vous avez bien montré la triste réalité sur le mode de vie marocain à la campagne.
Nous vous remercions de nous avoir permis de visionner votre court-métrage.
Nous vous souhaitons une bonne réussite car vous êtes un bon réalisateur."
Anturya D. et Hassna S.
"Chères Anturya et Hassna,
Laissez moi vous remercier d'avoir pris le temps de vivre, de voir et
d'écouter la petite Amal, vos encouragements me vont droit au cœur.
Ce film, je l'ai pensé comme une réponse à mes interrogations sur une
situation que je n'arrivais pas à comprendre : comment ce fait-il que la grande
majorité de mes concitoyens (spécialement à la campagne) soit analphabète?
Garçon ou fille d'ailleurs, car le petit berger qui ne va pas à l'école est une
réalité loin d'être exceptionnelle encore aujourd'hui.
En fait, en allant à la rencontre des gens qui vivaient sur place, je
me suis rendu compte de plusieurs choses : d'abord, même ceux qui ont la chance
d'aller à l'école souffrent, ensuite, il n'y a pas une cause majeure à
l'illettrisme mais au moins une dizaine de causes qui se superposent les unes
aux autres (la distance, le manque de moyens, la situation économique du pays,
la corruption, la politique, le chômage et enfin l'état d'esprit ancestral).
Ensuite, en faisant des recherches, je me suis aperçu que cette histoire aurait
pu être racontée dans beaucoup de pays (musulmans ou non) sur notre planète.
Aucune religion n'encourage l'ignorance.
En fait, ce film est parti d'une idée simple : faire partager le drame
de cette petite fille (et de sa famille) durant une journée, à chacun ensuite
d'imaginer la suite.
Encore merci pour votre lettre."
Ali B.
"Pour moi, Inès, le sujet évoqué m'a particulièrement touchée car une personne de ma famille a été confrontée
au même problème cet été en Tunisie, et j'ai dû l'épauler dans ce moment difficile. Toute la tristesse que
la fillette du film a éprouvée, je l'ai ressentie, elle m'était familière. Je l'ai également comprise, car
quelques mois auparavant je n'aurais jamais su ce que c'est qu'être victime d'une telle injustice, et combien
cet obstacle aurait été dur à surmonter. Maintenant, je suis consciente que c'est un réel problème, et très
présent malgré le fait que l'on n'en parle pas souvent.
En ce qui me concerne, Kaoutar, d'origine marocaine, j'attache la même importance que vous aux
couleurs, le rouge et le vert symbolisent parfaitement ce pays, chaleureux et accueillant.
Le Maroc est en plein développement et j'espère que les écoles sauront s'adapter aux campagnes
pour que tous les enfants puissent y accéder plus facilement et décident eux-mêmes de leur avenir.
Vous avez tout notre soutien pour vos futures réalisations..."
Kaoutar Z. et Inès N.
"Chères Inès et Kaoutar,
Merci pour vos encouragements et vos commentaires sur Amal.
J'ai voulu parler d' "espoir" ("el amal" en arabe) dans ce film que
j'ai voulu le plus universel possible, pour que tout le monde puisse comprendre
le drame de ces enfants, de leur famille et de leur pays.
Inès, je suis désolé pour ton amie, j'espère qu'elle va s'accrocher,
et je suis vraiment content que ce film ait pu t'aider à comprendre la tragédie
que peut vivre quelqu'un que l'on prive d'espoir. L'éducation est pour moi à la
base de presque tout le reste dans une société et ça, beaucoup de gens l'occulte
dans beaucoup de pays malheureusement.
Kaoutar (chère bent bladi) je partage entièrement tes espoirs pour le
Maroc, j'ai des enfants et j'espère qu'ils pourront vivre dans un pays où leur
milieu et leur sexe ne conditionneront pas leur avenir, les choses changent
doucement mais elles changent Dieu merci.
Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite.
Sincèrement."
Ali B.
"Nous tenons à vous dire que la qualité de votre travail nous a interpellées. En effet, vous avez réussi à
relever un sujet tabou au Maroc, celui des conditions de vie des jeunes filles marocaines qui vivent en
campagne. On y trouve les valeurs du respect familial, des cultures et des traditions. L'interprétation
d'Amal est très émouvante lorsqu'elle apprend de sa mère qu'elle doit arrêter l'école. Elle a su exprimer
toute sa peine, ses maux, juste par l'expression de son visage, d'où la valeur du respect celui d'écouter
les dires de ses parents sans en revendiquer un mot.
Une seconde scène a touché notre attention, celle où le petit frère d'Amal supplie son père de
laisser sa sœur continuer l'école à sa place. Nous avons pu voir dans cette scène l'évolution des mentalités.
Vous transmettez à travers le rôle du petit frère, que les pensées des familles marocaines doivent changer
et que l'école doit être accessible à tous.
Enfin, vient le moment où Amal remet son stéthoscope à son frère, on le voit comme une sorte de
relais, celui de lui donner la chance de réaliser son propre rêve, celui de devenir docteur.
Votre travail est d'une grande qualité cinématographique.
Pensez-vous réellement que grâce à votre court-métrage les idées traditionnelles marocaines vont
évoluer ?
Nous espérons que vous verrez dans cette lettre l'émotion que nous avons trouvée dans votre
court-métrage. Merci pour ce petit moment émouvant."
Sultana et Mounia.
"Chères Sultana et Mounia,
Merci beaucoup pour votre lettre pleine d'encouragements et de
commentaires touchants sur mon film.
Je ne pense pas malheureusement que le cinéma puisse tout changé,
surtout lorsque le sujet traité est considéré au Maroc comme banal par beaucoup
de gens qui, en réalité, sont tellement habitués à cette réalité qu'ils n'en
réalisent pas la gravité.
Dans ce sens, j'ai été un peu déçu de voir que les seules fois où
j'ai entendu des rires dans la salle lors de la scène entre Amal et sa mère
étaient au Maroc ! Ce qui m'a conforté dans l'idée que ce film devait existé.
Dieu merci les choses changent : le Maroc se développe, les gens se
mobilisent pour que le plus d'enfants possibles aillent à l'école.
Encore merci à vous deux.
Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite.
Sincèrement."
Ali B.
"C'est avec un grand plaisir que nous avons pu découvrir l'histoire émouvante de cette petite fille, dont
le destin est compromis par sa situation sociale.
Amal fut intéressant car il représente un témoignage authentique de la réalité qu'est la
vie dans les campagnes au Maroc.
Cependant, nous avons été déçues par la fin de votre court-métrage, en effet, nous aurions aimé
en savoir davantage sur l'avenir d'Amal et de son frère.
Peut-être est ce à nous d'imaginer la fin? En avez-vous imaginé une?
Nous espérons avoir l'occasion de découvrir quelques unes de vos réalisations.
Alisson B., Marion De S. et Morgane B.
"Chères Marion, Alisson et Morgane
En fait, pour moi, c'est la fin de la petite fille Amal que vous avez vu.
J'ai imaginé la dernière séquence clairement comme les funérailles d'un rêve
et d'une enfance. Pour moi, le lendemain, une nouvelle Amal prend vie.
Que va faire le frère, je ne sais pas. J'espère que ce stéthoscope donnera
un nouveau sens à son existence, comme c'est souvent le cas lorsqu'on vient d'un
milieu où on a pas le choix : on passe le relais à un frère, une sœur ou un cousin qui
a plus de chance.
J'ai juste imaginé pour cette scène comment ça se passerait, vu ma
complicité avec ma sœur, si on était confronté à ces choix. En fait, j'ai calqué
la relation qui existe entre les deux enfants sur celle que j'ai avec ma sœur
(bien que les milieux soient très différents).
En ce qui concerne la suite, je n'en ai honnêtement imaginé aucune.
Elle serait probablement assez fataliste j'imagine.
En ce qui concerne mes autres films, j'ai réalisé un autre court-métrage
qui s'appelle "Casa", qui est passé sur ARTE l'année dernière, sur le même
thème que Amal (l'espoir) mais le traitement est très différent.
Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite.
A bientôt.
Sincèrement."
Ali B.
"Votre film nous a particulièrement touchées.
En effet, le sujet de votre film est intéressant car il met en relief une situation encore
existante dans les pays du Sud.
Et malheureusement nous qui vivons dans les pays développés, on ne se rend pas compte de la
chance que nous avons. L'accès à l'école nous parait tellement normal que nous prenons pas autant de
joie et de dévouement tel qu'Amal.
Et cela nous remet en question sur les différentes conditions de vie de chaque pays.
Sincèrement, nous tenons à vous féliciter pour la réalisation de votre film car l'utilisation
des couleurs, de la voix-off et du paysage ont valorisé votre court-métrage.
Enfin, nous vous encourageons à continuer sur cette voie et nous vous souhaitons bonne chance
pour la suite de votre carrière."
Laetitia K. et Nadine B.
"Chère Laetitia et Nadine,
Merci beaucoup pour vos commentaires très encourageants, cela me fait
plaisir de voir que le film vous a touché. L'éducation est un droit inaliénable
de la femme et de l'homme.
Malheureusement, aujourd'hui on assiste, même dans le monde à un
enseignement de plus en plus léger pour les masses.
On destine insidieusement l'éducation de qualité à une élite.
C'est triste.
En France, vous avez un magnifique système qui est de plus en plus en
danger: il faut absolument défendre une éducation de qualité pour tous.
Encore merci pour vos compliments sur le film
Sincèrement."
Ali B.
"Votre court métrage nous a beaucoup émues. A travers votre court métrage, nous avons pu découvrir
l'histoire de la petite fille Amal, élève studieuse, privée d'aller à l'école.
Tout d'abord, nous avons pris en conscience de la chance que nous avons d'aller à l'école,
de vivre dans une société laïque où l'école est considérée comme acquise et non comme un privilège.
Vous avez su dénoncer certains aspects de la société marocaine, inégalitaire et sexiste.
La place de la femme marocaine se résume seulement à être femme au foyer. Elle n'a pas de liberté,
ne peut être indépendante.
De plus nous souhaiterions vous poser quelques questions qui nous tiennent à cœur.
Nous avons pu lire dans l'une de vos interviews que pour la réalisation de votre court-métrage
vous vous êtes inspiré d' ABBAS KIAROSTAMI : pouvez vous alors parler des conditions de réalisation des
film iraniens?
Et est ce que la société iranienne "verrouille", censure le cinéma comme on peut penser qu'elle
censure la littérature?"
Virginie Di C., Lisia H. et Emilie M.
"Chères Virginie, Lisia et Emilie,
Avant tout, merci pour vos commentaires sur Amal, je suis
heureux de voir que ce film vous a touché.
Pour répondre à la question sur Abas Kairostami et son très beau
film "Où est la maison de mon meilleur ami", qui a été l'une de mes
sources d'inspiration pour la mise en scène de Amal. Ce qui m'a
intéressé
chez lui c'est le travail sur le réel et comment il s'en sert pour créer une
œuvre de fiction et principalement dans la direction d'acteur avec des non
professionnels qui apporte un côté authentique et permet de créer un espace
entre le spectateur et l'histoire qu'il regarde.
Ce qui me fascine chez lui aussi c'est le retour à l'essentiel, aux
choses simples et fortes.
Je vous conseille de voir d'ailleurs, si vous en avez l'occasion,
un documentaire sur lui qui s'appelle "Entre mensonge et réalité", où
il va à la rencontre de gens qui ont joué leur propre rôle dans ses films, pour
voir qu'elle est la part de mensonge et de réalité entre leur personnage fictif
et leur vrai vie. (Existe à la BIFI —bibliothèque spécialisé dans le cinéma
à Paris)
En ce qui concerne la censure en Iran, honnêtement, je ne m'y connais
pas assez pour en parler.
J'espère avoir répondu sincèrement à vos interrogations.
Encore merci."
Ali B.
"Nous vous félicitons pour le travail qui a été effectué pour la production de ce court-métrage,
notamment pour la qualité de votre scénario ainsi que les moyens techniques utilisés.
En effet, cette histoire a suscité de grandes émotions en tant que sujet d'actualité
pertinent dans la communauté maghrébine. Ce film est un espoir d'évolution des mentalités
culturelles maghrébines. La souffrance qui se dégage d'Amal permettra peur être de faire
prendre conscience à la communauté masculine maghrébine l'importance de ce fléau qui touche
un grand nombre de fillettes outre Méditerranée.
Nous vous souhaitons une très bonne continuation..."
Kheira A. et Sauria B.
"Chers Sauria et Abdelkrim,
Merci beaucoup pour vos commentaires et vos encouragements.
C'est un plaisir de voir comment Amal est perçu et surtout la
résonance que peut avoir ce petit court-métrage dans d'autres pays.
J'espère également qu'il arrivera à faire prendre conscience aux
gens qui continuent à le visionner de toute l'ampleur de la tragédie que
nous vivons.
On ne construit rien de grand sans fondations solides.
Merci à vous deux.
Sincèrement."
Ali B.
à Souad El Bouhati
"Madame,
C'est avec grand plaisir que nous tenons à vous faire part de nos impressions après le visionnage
de votre court-métrage Salam.
En effet, nous avons été très touchées par le sujet du film. Nous sommes toutes les deux issues
d'une famille d'immigrés, et ressentons comme nos parents, issus de la seconde génération d'arrivants,
que nous serons un jour confrontées à ce choix fatidique entre rester ou partir.
Nous avons grandi en France, mais nos racines sont pour l'une en Algérie et pour l'autre à Mayotte.
Le plus difficile est le fait d'être perçues en France comme "non françaises" et dans notre pays d'origine
comme "étrangères". Notre véritable identité n'est pas définie.
Mais par-dessus tout, ce qui nous a marquées dans votre film c'est lorsqu' Ali décide de quitter
la France, cela nous a renvoyées à la possibilité qu'il en serait de même pour nos parents, qui voudraient
sûrement finir leurs jours sur la terre qui les a vus naître.
Ce film est original et d'actualité, il nous renvoie à un fait courant que l'on sait inévitable
mais que l'on imagine comme le plus loin possible.
Pour finir, merci d'avoir réalisé ce film dédié à tous ces Hommes qui ont contribué à la construction,
l'économie, et la culture de la République Française et qui bien souvent ont été oubliés sans aucune
reconnaissance ni gratitude particulière.
Nous attendons votre long métrage Françaises avec impatience et espérons vous rencontrer
un jour pour peut-être, qui sait, vous inspirer pour un prochain film... !!!
Salutations distinguées."
Lailati A. et Mira D.
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